jeudi 23 février 2017

Réflexion pour un matin hivernal



7h30, j’ouvre mes volets sur un ciel matinal sans tâche, d’un bleu azur. La journée sera belle, les prémices du printemps qui s’annonce. Une journée où les rayons du soleil nous feront languir des chaleurs à venir, mais où le vent piquant nous rappellera le mordant de l’hiver. Nous sommes le 23 février 2017. Période pré-électorale. Christiane Taubira parle à la radio. 

Et alors qu’elle parle de « dignité humaine », « d’humanisme », « d’égalité de tous les hommes, parce qu’appartenant à l’humanité », de la « disparition des intellectuels engagés », ma tasse de café reste en suspend à quelques centimètres de mes lèvres et mon regard plonge dans le vide de mon appartement. Mais de quoi parle-t-elle ? Les grands penseurs de l’humanisme sont au Panthéon, leur cœur a arrêté de battre depuis longtemps. Les personnalités politiques d’aujourd’hui, en plein combat de coq pour avoir l’ (auto)satisfaction de s’asseoir sur le trône suprême de l’Etat, ne citent plus Hugo, Zola, Gamsci, mais Steve Jobs, Bill Gates ou… la Bible !
Pourtant, ce matin, j’ai entendu un son étrange, une voix qui veut nous rappeler à ces cœurs endormis, à ces grandes figures, à ces grandes idées. Et pourtant une voix sévère. « Je ne vois plus de grandes figures engagées ». Qui défend les opprimés ? Les humiliés ? Qui refuse de leur faire porter le poids des échecs de notre société ? Où est notre Zola ? Notre Olympe de Gouges ? Notre Hugo ? Notre Voltaire ? Qui aujourd’hui encore est humaniste et s’élève au-dessus de la défense des intérêts particuliers de sa personne, de sa famille, de sa classe sociale ou de son parti ?  Qui aujourd’hui pense toute l’humanité comme un groupe d’égaux, blancs, noirs, sémites, riches, pauvres, athées, chrétiens, musulmans, juifs? Egaux devant la loi, égaux en droit, mais surtout égaux en dignité. Qui ? Je n’en vois pas.

J’ai rougi alors de vivre dans une société aveuglée par ses idéaux, tellement sûre que la liberté -l’égalité - la fraternité ont été acquises par nos lointains ancêtres sur les barricades sanguinolentes de 1789, qu’elle a perdu le goût de se battre pour eux. Une société tellement fière de son passé glorieux, tellement convaincue du happy end des livres d’histoire de France, qu’elle a oublié que rien n’est acquis. Ambroise Croizat (un des fondateurs de la sécurité sociale) nous avait prévenu « il n’y a pas d’acquis sociaux, il n’y a que des conquis sociaux ». Et pourtant, nous nous sommes endormi. Nous avons étouffé les cœurs battants. Nous avons construit des cases où les ranger et nous y avons collé les étiquettes « marginaux », « utopistes », ... « idéalistes » ! 

Il y aurait beaucoup à dire sur la perte de nos idéaux, sur l’aveuglement et sur ce que nos esprits de révolte endormis laissent faire tous les jours. 

Un mot seulement pour aujourd’hui. Car rien n’illustre mieux que l’exemple. 

A 13h hier, mon voisin vient prendre le café chez moi. On discute de tout de rien, de voyages et d’amour. Et de politique. Il me dit qu’il a très peur des élections, ça l’inquiète. Oui, moi aussi, je suis très inquiète. Mais ce n’est pas la même inquiétude. Lui, il a peur du racisme.
« Je m’appelle Yacine Bensaoud. T’as vu ma gueule, on peut pas se tromper ! Depuis 3 ans le regard des gens change, je le vois dans la rue, quand je vais dans le centre-ville, il y a des regards qui n’existaient pas avant. Et puis j’ai plus de mal à trouver du boulot. Au téléphone ça va, parce que j’ai pas d’accent, donc ils me prennent pour…, mais quand ils me voient arriver… ça change de ton direct. Deux fois ça m’est arrivé, je vais à l’entretien, même pas un bonjour, il me voit « j’ai déjà trouvé quelqu’un. Merci au revoir ». Avant j’avais des cheveux et un peu de barbe, j’ai tout rasé tellement ça m’a énervé. Je suis pas croyant, je suis homosexuel donc t’imagines, double peine quoi ! Et encore ça va parce que parfois je peux me faire passer pour un Antillais, ça passe mieux qu’Arabe ».


Et encore ça va parce que parfois je peux me faire passer pour un Antillais, ça passe mieux qu’Arabe.


J’ai soudain la nausée. Mon regard plonge dans le sien, je ne sais pas quoi dire. Je réalise. C’est vrai qu’il a « la gueule d’Arabe », qu’il est homosexuel, ça ne m’avait pas semblé être des éléments importants auparavant, c’était juste mon voisin. Mais je réaliste que beaucoup ne voit que ça. Avant de voir l’homme ils voient l’arabe, avant de voir la personne ils voient l’homosexuel, avant de voir leur égal ils voient le différent. Je partage alors un peu de son inquiétude, qui s’ajoute à mon dégoût et à mon sentiment d’impuissance. 

Le racisme est pervers, sournois, il revient dès que nos cœurs humanistes s’assoupissent. Personne n’a plus peur de dire qu’il vote FN aujourd’hui. Dire « c’est la faute des Arabes », « encore ces rebeus qui foutent la merde », « si y avait moins d’immigrés », est devenu d’un banal ! On l’entend à chaque coin de rue, à chaque café du commerce. Et même à la tv, dans des émissions « « sérieuses » » où dire que « Bamboula, ça va encore, c’est à peu près convenable », ne suscite aucune indignation populaire.
J’ai fait l’exercice de changer dans les discours entendus autour de moi le mot « arabe » par le mot « juif ». Et j’ai eu l’impression d’entendre une chanson familière, déjà rencontrée dans mes livres d’histoire, juste avant un beau et assuré « plus jamais ça » ! Sommes-nous si sûr de ne plus jamais avoir ça 

Nous avons tout. Les principes, les idéaux, les exemples. Il nous manque la volonté et le courage.
J’ai éteint ma radio, le cœur gros. J’ai pris mon manteau et enroulé mon écharpe autour de mon cou. Et je suis sortie affronter le froid piquant. Alors j’ai tendu mon visage vers les premiers rayons du soleil, et j’ai eu comme l’impression qu’il me murmurait l’espoir d’un printemps chantant les cerises...

Mais peut-être ne suis-je qu’une « idéaliste »…

mercredi 16 juillet 2014

Au pays des hommes libres

S'il est des pays dans le monde où l'on peut encore trouver des personnes libres, la Mongolie en fait indéniablement partie.



A quoi peut-on reconnaitre une personne libre ? Je ne saurais pas vraiment le dire puisque pour moi, ce mot "libre" est obscure.

Qu'est-ce qu'être libre ?

Ne pas avoir de barrière ? Pouvoir décider de sa vie ? Ne pas avoir de contrainte ?

Ou bien être heureux et se satisfaire de ce que nous offre la vie ?

En Mongolie, on peut rencontrer des gens qui n'on pas de barrière autour de leur maison, pas de montre à leur poignet, pas de boîte aux lettres où s'entassent les factures, pas de frigo où s'amoncellent les produits des quatre coins du monde.






 Ces gens sont riches de la vie qui les entoure, des animaux qui les font vivre et qui leur donne le lait dont ils se nourrissent au quotidien.






Leur yourte, bien petite à nos yeux, rassemble le matériel dont ils ont besoin, ce qui est inutile n'est pas gardé, point de matérialiste et d'accumulation à outrance, la yourte ne le permet pas. Ils sont libres car leur esprit n'est pas pollué par l'anxiété de la conservation, par la peur de manquer, par l'angoisse de l'emploi du temps à respecter.





Leur plus grande richesse n'est pas à l'intérieur de la yourte mais partout ailleurs, leur richesse, c'est leur animaux qui les nourrissent, la rivière qui les abreuve, les montagnes qui les protègent du vent, le ciel qui leur offre la pluie et le soleil en cadeau. Leur richesse, c'est leurs frères, leurs soeurs, leurs parents, leurs voisins qui leur apportent l'aide dont ils ont besoin et la compagnie qui rend la vie douce.




J'ai rencontré des hommes dans les yeux desquels brillait la liberté.


Mais le feu pétillant de ces âmes fières et indépendantes se mêlait toujours au rides profondes et à la peau tannée par les hivers rigoureux. Leur mains fortes et rêches, éprouvées par la vie et le travail sont les piliers sur lesquels peuvent se dresser ces esprits affranchis.

L'effort et la liberté. Indissociables partenaires, car la liberté a toujours un coût.

Il me semble maintenant que rien n'est plus difficile à acquérir que sa liberté, et la conserver est un combat au quotidien, une lutte permanente. Car il a toujours existé et il existera toujours des hommes qui voudront usurper ce droit, le plus sacré de tous pourtant.

Hier, les soviétiques, aujourd'hui le consumérisme outrancier et le matérialisme aveugle. Les murs de prison se dressent encore et encore pour réduire notre libre arbitre, restreindre notre jugement personnel et anéantir notre droit à vivre notre vie comme bon nous semble, pour être heureux à notre manière.

Point de vérité absolue et universelle, le bonheur est une fleur qui grandit au creux de nous-même. A chaque fleur sa couleur, sa forme, son odeur, à chaque personne sa façon d'être heureux.



Etre libre, c'est faire un choix. C'est refuser la facilité, le confort de laisser les autres décider à notre place. Etre libre c'est accepter de vivre avec moins, mais avec ce qu'on aura construit de ses propres mains. Bien peu de gens aujourd'hui sont assez forts pour être libres, moi la première...

Et pourtant, j'ai été ébloui par la force, la simplicité et la beauté de ces hommes et de ces femmes des steppes qui refusent de se laisser emprisonner dans notre confort moderne. Ils m'ont appris que la liberté existe, qu'elle est à portée de main, qu'elle est exigeante mais qu'elle en vaut assurément la peine.

Pourtant, les adolescents que nous avons rencontré veulent tous abandonner cette vie éprouvante pour la commodité des villes modernes. Peut-on leur en vouloir ? Le monde d'aujourd'hui a tout à offrir à ces jeunes plein de rêves et d'ambition. Il ne leur demande qu'un petit sacrifice en échange, pas grand chose en fin de compte, une légère amputation qu'ils ne sentiront à peine : leur âme libre de nomade.

Ces hommes et ces femmes appauvris s'entassent alors dans les villes comme Oulan-Bator, reclus derrière des barrières, cloîtrés par des cadenas, et des emplois du temps surchargés...

Leurs mains sont blanches et lisses mais leurs yeux sont éteints...

mercredi 4 juin 2014

Des bambins et des têtes blondes

Dimanche dernier, le 1er juin, on fêtait les enfants en Mongolie.


Une kermesse géante avait envahit les rues et les places de la ville. 


Les châteaux gonflables, les vendeurs de barbes à papa, les jeux de fléchettes, les bambins surexcités et les parents gagas. Une preuve supplémentaire, s'il en faut, que nous nous nourrissons tous du même bonheur, celui que l'on partage ! 


Des pitchouns en costume traditionnel et d'autres en tulle de princesse. Sur les épaules de papa ou dans les bras de maman. En mangeant une glace ou en roulant à vélo. Ces mômes respirent l'enfance heureuse. Pourtant, quelques rues plus loin, d'autres enfants, moins chanceux, "mal nés", font la manche ou vendent des chewing-gums. Les contrastes de ce pays sont omni-présents et radicaux. L'extrême pauvreté cotoie l'extrême richesse. L'extrême chaleur se substitue à l'extrême rigueur hivernale. Point de demi-mesure. 

Tu auras tout ou tu n'auras rien. 

Tout nous sera donné, mais nous ne garderons rien. 

Et puis, parmi la foule excitée et festive, ... des têtes blondes, des chevelures frisées, des nezs longs, des pulls quechua et des appareils photos... les touristes ! Comme c'est étrange de revoir ses "semblables" affluer dans la ville qui, tout l'hiver, dormait paisiblement dans sa bulle de glace, à l'écart du monde. Leur présence me pousse dans mes retranchements, me renvoie ma propre image "d'étrangère". Pourtant, je commençais presque à me croire mongole... 

Nous avons fait une tentative un soir, aller prendre une bière dans un bar "d'expat". Echec cuisant. Au-delà de l'accueil bien froid des serveurs, nous nous sommes sentis opressés par l'omni-présence occidentale et nous avons plié bagage dare dare. Ce pays m'aurait-il totalement absorbée, pour que je me sente plus à l'aise dans une cantine mongole que dans un pub irlandais ? 

Hélas, si en hiver nous étions vu comme de curieux personnages affrontant le froid "à la mongol", (tous dans la même galère !) aujourd'hui que l'été arrive amenant les touristes de tout continent, nous sommes assimiliés à cette dernière catégorie et le regard des mongols change. On voit alors se construire dans leur regard comme un mur avec d'un côté le "NOUS" et de l'autre "EUX". 
Monstrueux mur. 
Briques d'ignorance cimentées par la peur. Pourquoi se dresse-t-il si rapidement ? Pourquoi doit-on s'entourer de mur pour se sentir en sécurité ? 

Heureusement, le meilleur vaut cent fois le pire ! 

Ce soir j'ai été invité par mon groupe d'élèves au restaurant.  
Nous avons passé un délicieux moment. L'hilarité générale dès que je prononçais quelques mots en mongol a succédé à la consternation devant l'énumération des trop nombreuses règles de "bienséance" à la table française. 
Ils ont tous pris un malin plaisir à me retirer le monopole de la phrase interrogative. Les questions ont fusé, celle qui revenait le plus souvent étant "Pourquoi tu ne restes pas en Mongolie ?", à quoi je ne pouvais que répondre un long et sincère "heu... bah...". 

Pourquoi je ne resterais pas en Mongolie ? J'avoue avoir considéré la question plusieurs fois... mais le monde est vaste et il y a tant de choses à voir ! 



Notre projet "Portraits de voyageurs, dans les trains d'Asie Centrale et d'Europe" avance bien, nous avons notre premier visa en poche, pour le Kazakhstan ! Vous pouvez bien sûr voir les actualités sur le site :  http://portraits-de-voyageurs.weebly.com/ . 
Nos parrainages progressent aussi, nous sommes maintenant à 58% de financement ( http://www.kisskissbankbank.com/en/projects/portraits-de-voyageurs-dans-les-trains-d-asie-centrale-et-d-europe ) ! Notre projet se concrétise grâce à vous ! MERCI !





dimanche 25 mai 2014

Routine mongole

Nous sommes partis, un samedi après-midi, avec les 3 heures de retard conventionnelles, vers un parc national situé à 2 heures de route de Oulan-Bator. Terelj est le "jardin d'Oulan-bator", c'est un parc immense dans lequel beaucoup d'habitants d'Oulan-Bator y ont une cabane ou une yourte pour y passer les week-ends d'été.
Nous sommes donc partis 3 français, 4 mongols, 2kg de pâtes, 1kg de pommes de terre, 1kg de carottes, nos grosses doudounes, 12 bières et 3 bouteilles de vodka, pour passer le week-end dans la yourte des parents d'un ami.
Nous avons commencé par préparer le tsuuvan (plat mongol composé de pâtes, de viande et de poivrons), puis, les bières succédant à la vodka, nous avons, ma foi, passé une très bonne soirée.
Le lendemain, nous nous sommes réveillés tranquillement, le poêle a été rallumé et la yourte s'est tranquillement réchauffée.

Déambulation mentale sous la youtre et balade dans la froidure encore hivernale de la steppe. Un week-end tout ce qu'il y a de plus normal après tout, c'était déjà il y a plusieurs semaines...

Et puis les semaines ont succédées aux week-ends à un rythme fou...

Les ciné-clubs dans la chambre 310 de la résidence, 
les éternelles explications sur l'utilisation du passé-composé et de l'imparfait, 
les crêpes de Yannick (le propriétaire de la seule crêperie de Mongolie), 
les films du jeudi soir au Bliss, bar branché de la ville, 
les cours de russe tous les matins à l'heure du petit déjeuner, 
les rencontres magiques ... "Tiens, salut, je suis français et je viens d'arriver à Ulan-Bator. Je suis parti il y a 2 ans de Turquie, je voyage en stop et en vélo."
les coupures d'électricité et d'eau chaude...

Chaque jour apporte son lot de surprises (pas toujours bonnes d'ailleurs : 
5 min avant de partir à un cours 
"- Allo, Charlène. Oui, c'est pour te dire que ton cours est annulé. Voilà. 
- D'accord..."(c'est un "d'accord" qui veut dire "ok, je prends un max sur moi pour ne rien dire parce que je sais que c'est comme ça en Mongolie").

Et puis revoilà le week-end, un week-end comme les autres où on décide d'aller faire un petit tour à la campagne et d'agrémenter la journée par une balade à cheval de quelques heures.





Même après 8 mois ici, je reste toujours le souffle coupé devant la splendeur des paysages. Après l'hiver glacial, le printemps fait enfin verdoyer la steppe. Son visage valonné est éblouissant et le rire des fleuves et du vent sonnent comme le chant du renouveau.

Au triple galop, perdus dans l'immensité, un seul sentiment nous envahit, la liberté ! La liberté comme jamais elle ne pourra être ressentie ailleurs.

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Le début de l'été annonce également la fin de mon aventure mongole... Dans 2 mois maintenant, je serai à nouveau sur les routes. Mais parce que je me suis toujours demandée pourquoi faire simple alors que c'est tellement mieux de faire compliqué (et pour bien d'autres raisons !), je ne prévois pas "simplement" rentrer. Vous pourrez suivre mon voyage de retour à travers l'Asie centrale et l'Europe, en compagnie de Louise, sur ce site :
http://portraits-de-voyageurs.weebly.com/

Mais en attendant le départ prochain vers de nouvelles aventures, je vais aller me coucher, nous sommes dimanche et soir et demain est un autre jour, une nouvelle semaine au pays de Gengis Khan m'attend !

samedi 5 avril 2014

Comme un petit goût de Bretagne !

La lente agonie de l'hiver se termine et le printemps s'installe. Encore une fois, il faut déconstruire notre conception des saisons. Ici, point de bourgeon ni de tulipe, point de giboulée ni d'herbe grasse, rien que de la poussière et du vent, du vent et de la poussière.
Pour les mongols, le printemps est pire que l'hiver, car les organismes sont affaiblis et les virus se réveillent, ce qui fait un beau cocktail (j'en ai déjà fait les frais...). Ajoutez à cela une sécheresse qui se prolonge jusqu'aux mois d'avril-mai et vous aurez une petite idée du printemps mongol. Les tempêtes de poussières sont fréquentes, parait-il, car il n'y a pas encore de végétation sur le sol sec et rocailleux.

Néanmoins, on redécouvre des joies dont la saveur est ici décuplée.

Voir l'eau de la rivière libérée de sa prison de glace et se débattre à nouveau dans son lit, redécouvrir le bruit du clapotis après 4 mois d'abscence. J'en ai eu les larmes aux yeux ! Et puis, un beau matin, voir à travers les carreaux ces gros nuages gris annonciateurs de la pluie, nuages qui n'avaient qu'une ou deux fois parsemé le bleu glacé et profond du ciel hivernal.Une légère bruine tout compte fait, assez pour nous faire redécouvrir la délicieuse odeur de la terre mouillée, mais insuffisante pour faire germer la verdure printanière. Cette légère intempérie n'était qu'un prélude bien furtif, mais nous attendons avec grande impatience que les cieux se déchainent et que la pluie nous inonde de ses bienfaits.

Ha, la pluie battante, que je n'ai encore jamais vu tomber du ciel azur de Mongolie !

La semaine dernière, la journée internationale de la francophonie était fêtée ici, comme un peu partout dans le monde. Une occasion de célébrer les locuteurs de la langue de Molière aux quatres coins de la planète, tout en rappelant les beaux principes humanistes de cette organisation... et en passant sous silence le reste...

Tout le monde était sur son 31 et les étudiants talentueux, qui ont énormément travaillé à la maitrise des subtilités du français, ont tous eu leur moment de gloire. Concours de chanson, de récitation de poésie, d'écriture et de dictée. Les gagnants ont été généreusement récompensés. Une bien belle journée donc, l'accomplissement d'un long travail. Mais heureusement que notre activité principale ne réside pas dans l'organisation de ce genre d'événements légèrement trop pompeux et convenus pour moi...

Nous avons néanmoins eu de beaux moments de connection entre nos cultures, par exemple, lorsque la chorale militaire a chanté une vieille ballade qui ne sera pas, je pense, sans vous rappelez de bons souvenirs d'enfance !

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samedi 15 mars 2014

Passé, printemps, futur !

La semaine dernière, dans un de mes cours, je passais un extrait du film "Persepolis" de Marjane Satrapi.

Ce merveilleux film retrace la vie de sa réalisatrice, entre une enfance en Iran au lendemain de la chute du Shah, et une adolescence tumultueuse en Europe. Je vous le conseille vivement si vous ne l'avez pas encore vu ! Dans l'extrait choisi pour le cours, la petite Marjane sort dans les rues de Téhéran pour acheter une cassette d'Iron Maiden au marché noir. Tous les produits occidentaux se vendant sous le manteau après la révolution islamiste.

Après le visionnage, je sens comme un blanc dans le cours, tout le monde à un regard un peu abscent. Puis, le plus âgé du groupe prend la parole et dit "Tu sais Charlène, c'était comme ça ici aussi. Quand j'étais adolescent c'était pareil. On ne pouvait acheter des produits occidentaux qu'au marché noir, et si on portait des vêtements non-traditionnels on était emmené au poste. C'était ça avec les soviétiques aussi."
Cette fois, c'est moi qui ne sait plus trop quoi dire... "Ha bon... Mais, c'était à ce point-là ?"
"Oui, il y avait un marché noir où on pouvait acheter de la musique ou des vêtements, mais il ne fallait pas se faire prendre. Personne ne portait de jeans, le gouvernement soviétique nous surveillait partout, le pays était complètement fermé. Ce film aurait pu être tourné en Mongolie !"
"..."

La Mongolie est devenue une république démocratique en 1992. C'est à partir de cette date que le pays à commencé à s'ouvrir sur le monde, la rigidité soviétique laissant place au libéralisme à l'occidental.
Il y a une vingtaine d'année, à Oulan-Bator, une petite centaine de voitures étaient en circulation, et un quart seulement de ces voitures était privé, le reste appartenant à l'Etat.
Il est bien difficile d'imaginer ce passé pas si lointain, aujourd'hui que les rues sont constamment enkylosée par un trafic monstre.

De ce passé communiste, il ne reste plus grand chose si ce ne sont les anciens batiments soviétiques qui gisent maintenant comme des épaves dans la ville, érodés petit à petit par les vagues du modernisme.
En général, les mongols sont reconnaissants envers la Russie qui leur a en partie ouvert la voie du monde moderne. Mais personne aujourd'hui ne regarde la période communiste avec nostalgie, au contraire, tout le monde croit en l'avenir doré que promet la nouvelle politique libérale.

La capacité d'adaptation mongole est impressionnante. Passer d'un régime soviétique ultra-conservateur à une république démocratique en quelques années seulement et sans bain de sang, un exploit ! 

Bride de conversation avec un ami : "Pour moi, c'est difficile. Mon salaire ne me sert qu'à acheter à manger, mais mes enfants, eux, ils pourront, mettre de côté, voyager, aller voir le monde !"


Cela dit, et pour citer Chomsky, "le capitalisme et la démocratie sont, en dernier ressort, incompatibles", et il existe bien ici d'intolérables scandales humains et sociaux. La corruption est monnaie courante et la pauvreté morbide, mais on ne peut nier les efforts et la rapidité à laquelle la Mongolie évolue et s'adapte. Améliorera-t-elle la vie de chacun de ces citoyens ou ne fera-t-elle, comme trop souvent, qu'engraisser les portefeuilles déjà trop pleins de l'élite économico-politique ? L'avenir nous le dira.


Point météo pour finir : Le printemps mongol arrive ! Aujourd'hui nous avons un beau thermomètre indiquant 6°C ! La ville dégèle, les rues se remplissent de marcheurs et... les virus se réveillent... Obligée de rester au lit toute la journée d'hier avec comme unique activité les aller-retours à la salle de bain... Bonheur printanier !
Mais après tout, on se dit que l'hiver se termine, et comme dit Lala : "Le printemps arrive, dans un mois il y aura les premières pluies normalement !"

Allez, plus qu'un bon mois avant de voir de l'herbe pousser !



mercredi 5 mars 2014

Le sens de l'hiver

Un mois que je n'ai pas écrit... Le temps passe à une vitesse incroyable !
Comme vous vous en doutez, j'ai beaucoup de travail et peu de temps à moi.

L'hiver est toujours là, le mois de mars s'ouvre sur des matins à -20 et la nature est encore bien endormie, cloîtrée dans sa prison de glace. Nous avons eu une petite joie, il y a une semaine, le thermomètre a dépassé le zéro pendant quelques heures au moment le plus chaud de l'après-midi, nous nous sentions revivre un instant ! Il faisait presque chaud... Mais nous avons à peine eu le temps de sortir le nez de nos écharpes et d'offrir à notre visage les premiers rayons d'un printemps précose que nous replongions dans le froid sec et agressif de l'hiver...

Le froid, l'hiver.

La Mongolie met à l'épreuve le sens de ces mots. Ici, le froid n'est pas seulement cette sensation désagréable qui fait remonter des frissons le long de la colonne vertébrale. Ici, le froid est dangereux, C'est une menace permanente contre laquelle il faut toujours rester vigilant, une petite négligeance peut être fatale.

C'est un meurtrier.

 
"Il y a quelques semaines, à la campagne, une jeune famille se prépare pour les festivités du Tagaan Sar. Un matin, le père de famille part offrir son aide aux voisins. Les préparatifs de la fête étant très longs et conséquents, des bras supplémentaires ne sont jamais de refus. Le jour suivant, un des voisins arrive à la yourte de la famille pour demander à la mère de venir à son tour leur apporter de l'aide. L'entraide, comme l'accueil sont des choses qui ne se refusent pas dans les steppes. La mère laisse donc ses deux filles de 7 et 5 ans dans la yourte, pensant revenir le jour suivant.
Or, cette nuit-là, une tempête de neige envahit la campagne. Une tempête si violente, qu'on ne peut y voir à 2 mètres. La neige et le vent se déchainent et la yourte, isolée, tient tel un frèle rempart contre les assauts des éléments. A l'intérieur, les petites filles commencent à avoir froid, le feu se meurt. Elles décident de sortir chercher du bois pour la nuit. Mais la tempête est si violente, les bourasques de neige si denses, que les deux soeurs se perdent dans l'obscurité, incapables de disserner la silouette de la yourte à travers les trombes de neige. Elles ont froids, leurs membres commencent à s'engourdir, puis à geler.

Alors, la grande soeur enlève ses vêtements et les donnent à sa petite soeur. Tous ses vêtements.

Quelques heures plus tard, la tempête se clame, les parents peuvent alors revenir chez eux. Ils trouvent, à quelques mètres de la yourte, une petite fille à moitié gelée, sous un tas de vêtements... A côté d'elle, sa grande soeur, sans manteau,... et sans vie. Son petit coeur figé dans un écrin de glace."

Voilà une histoire qu'on m'a raconté cet après-midi, elle avait fait la Une des journaux mongols il y a quelques semaines. Une histoire parmi d'autres, une tragédie hivernale comme il y en a beaucoup ici. Dure, car on ne peut rien y faire, la Nature est toute puissante, on ne peut se révolter contre sa domination. On ne peut que s'émerveiller devant sa beauté, sa générosité, sa grandeur. Car nous ne sommes qu'une partie de son tout, qu'un membre frêle et fragile de son Ensemble.

La Nature terrifie et fascine les hommes. Et peut-être que pour se rassurer, pour nous rapprocher d'elle, nous avons voulu croire qu'elle "nous a créé à son image...".