mercredi 16 juillet 2014

Au pays des hommes libres

S'il est des pays dans le monde où l'on peut encore trouver des personnes libres, la Mongolie en fait indéniablement partie.



A quoi peut-on reconnaitre une personne libre ? Je ne saurais pas vraiment le dire puisque pour moi, ce mot "libre" est obscure.

Qu'est-ce qu'être libre ?

Ne pas avoir de barrière ? Pouvoir décider de sa vie ? Ne pas avoir de contrainte ?

Ou bien être heureux et se satisfaire de ce que nous offre la vie ?

En Mongolie, on peut rencontrer des gens qui n'on pas de barrière autour de leur maison, pas de montre à leur poignet, pas de boîte aux lettres où s'entassent les factures, pas de frigo où s'amoncellent les produits des quatre coins du monde.






 Ces gens sont riches de la vie qui les entoure, des animaux qui les font vivre et qui leur donne le lait dont ils se nourrissent au quotidien.






Leur yourte, bien petite à nos yeux, rassemble le matériel dont ils ont besoin, ce qui est inutile n'est pas gardé, point de matérialiste et d'accumulation à outrance, la yourte ne le permet pas. Ils sont libres car leur esprit n'est pas pollué par l'anxiété de la conservation, par la peur de manquer, par l'angoisse de l'emploi du temps à respecter.





Leur plus grande richesse n'est pas à l'intérieur de la yourte mais partout ailleurs, leur richesse, c'est leur animaux qui les nourrissent, la rivière qui les abreuve, les montagnes qui les protègent du vent, le ciel qui leur offre la pluie et le soleil en cadeau. Leur richesse, c'est leurs frères, leurs soeurs, leurs parents, leurs voisins qui leur apportent l'aide dont ils ont besoin et la compagnie qui rend la vie douce.




J'ai rencontré des hommes dans les yeux desquels brillait la liberté.


Mais le feu pétillant de ces âmes fières et indépendantes se mêlait toujours au rides profondes et à la peau tannée par les hivers rigoureux. Leur mains fortes et rêches, éprouvées par la vie et le travail sont les piliers sur lesquels peuvent se dresser ces esprits affranchis.

L'effort et la liberté. Indissociables partenaires, car la liberté a toujours un coût.

Il me semble maintenant que rien n'est plus difficile à acquérir que sa liberté, et la conserver est un combat au quotidien, une lutte permanente. Car il a toujours existé et il existera toujours des hommes qui voudront usurper ce droit, le plus sacré de tous pourtant.

Hier, les soviétiques, aujourd'hui le consumérisme outrancier et le matérialisme aveugle. Les murs de prison se dressent encore et encore pour réduire notre libre arbitre, restreindre notre jugement personnel et anéantir notre droit à vivre notre vie comme bon nous semble, pour être heureux à notre manière.

Point de vérité absolue et universelle, le bonheur est une fleur qui grandit au creux de nous-même. A chaque fleur sa couleur, sa forme, son odeur, à chaque personne sa façon d'être heureux.



Etre libre, c'est faire un choix. C'est refuser la facilité, le confort de laisser les autres décider à notre place. Etre libre c'est accepter de vivre avec moins, mais avec ce qu'on aura construit de ses propres mains. Bien peu de gens aujourd'hui sont assez forts pour être libres, moi la première...

Et pourtant, j'ai été ébloui par la force, la simplicité et la beauté de ces hommes et de ces femmes des steppes qui refusent de se laisser emprisonner dans notre confort moderne. Ils m'ont appris que la liberté existe, qu'elle est à portée de main, qu'elle est exigeante mais qu'elle en vaut assurément la peine.

Pourtant, les adolescents que nous avons rencontré veulent tous abandonner cette vie éprouvante pour la commodité des villes modernes. Peut-on leur en vouloir ? Le monde d'aujourd'hui a tout à offrir à ces jeunes plein de rêves et d'ambition. Il ne leur demande qu'un petit sacrifice en échange, pas grand chose en fin de compte, une légère amputation qu'ils ne sentiront à peine : leur âme libre de nomade.

Ces hommes et ces femmes appauvris s'entassent alors dans les villes comme Oulan-Bator, reclus derrière des barrières, cloîtrés par des cadenas, et des emplois du temps surchargés...

Leurs mains sont blanches et lisses mais leurs yeux sont éteints...

mercredi 4 juin 2014

Des bambins et des têtes blondes

Dimanche dernier, le 1er juin, on fêtait les enfants en Mongolie.


Une kermesse géante avait envahit les rues et les places de la ville. 


Les châteaux gonflables, les vendeurs de barbes à papa, les jeux de fléchettes, les bambins surexcités et les parents gagas. Une preuve supplémentaire, s'il en faut, que nous nous nourrissons tous du même bonheur, celui que l'on partage ! 


Des pitchouns en costume traditionnel et d'autres en tulle de princesse. Sur les épaules de papa ou dans les bras de maman. En mangeant une glace ou en roulant à vélo. Ces mômes respirent l'enfance heureuse. Pourtant, quelques rues plus loin, d'autres enfants, moins chanceux, "mal nés", font la manche ou vendent des chewing-gums. Les contrastes de ce pays sont omni-présents et radicaux. L'extrême pauvreté cotoie l'extrême richesse. L'extrême chaleur se substitue à l'extrême rigueur hivernale. Point de demi-mesure. 

Tu auras tout ou tu n'auras rien. 

Tout nous sera donné, mais nous ne garderons rien. 

Et puis, parmi la foule excitée et festive, ... des têtes blondes, des chevelures frisées, des nezs longs, des pulls quechua et des appareils photos... les touristes ! Comme c'est étrange de revoir ses "semblables" affluer dans la ville qui, tout l'hiver, dormait paisiblement dans sa bulle de glace, à l'écart du monde. Leur présence me pousse dans mes retranchements, me renvoie ma propre image "d'étrangère". Pourtant, je commençais presque à me croire mongole... 

Nous avons fait une tentative un soir, aller prendre une bière dans un bar "d'expat". Echec cuisant. Au-delà de l'accueil bien froid des serveurs, nous nous sommes sentis opressés par l'omni-présence occidentale et nous avons plié bagage dare dare. Ce pays m'aurait-il totalement absorbée, pour que je me sente plus à l'aise dans une cantine mongole que dans un pub irlandais ? 

Hélas, si en hiver nous étions vu comme de curieux personnages affrontant le froid "à la mongol", (tous dans la même galère !) aujourd'hui que l'été arrive amenant les touristes de tout continent, nous sommes assimiliés à cette dernière catégorie et le regard des mongols change. On voit alors se construire dans leur regard comme un mur avec d'un côté le "NOUS" et de l'autre "EUX". 
Monstrueux mur. 
Briques d'ignorance cimentées par la peur. Pourquoi se dresse-t-il si rapidement ? Pourquoi doit-on s'entourer de mur pour se sentir en sécurité ? 

Heureusement, le meilleur vaut cent fois le pire ! 

Ce soir j'ai été invité par mon groupe d'élèves au restaurant.  
Nous avons passé un délicieux moment. L'hilarité générale dès que je prononçais quelques mots en mongol a succédé à la consternation devant l'énumération des trop nombreuses règles de "bienséance" à la table française. 
Ils ont tous pris un malin plaisir à me retirer le monopole de la phrase interrogative. Les questions ont fusé, celle qui revenait le plus souvent étant "Pourquoi tu ne restes pas en Mongolie ?", à quoi je ne pouvais que répondre un long et sincère "heu... bah...". 

Pourquoi je ne resterais pas en Mongolie ? J'avoue avoir considéré la question plusieurs fois... mais le monde est vaste et il y a tant de choses à voir ! 



Notre projet "Portraits de voyageurs, dans les trains d'Asie Centrale et d'Europe" avance bien, nous avons notre premier visa en poche, pour le Kazakhstan ! Vous pouvez bien sûr voir les actualités sur le site :  http://portraits-de-voyageurs.weebly.com/ . 
Nos parrainages progressent aussi, nous sommes maintenant à 58% de financement ( http://www.kisskissbankbank.com/en/projects/portraits-de-voyageurs-dans-les-trains-d-asie-centrale-et-d-europe ) ! Notre projet se concrétise grâce à vous ! MERCI !





dimanche 25 mai 2014

Routine mongole

Nous sommes partis, un samedi après-midi, avec les 3 heures de retard conventionnelles, vers un parc national situé à 2 heures de route de Oulan-Bator. Terelj est le "jardin d'Oulan-bator", c'est un parc immense dans lequel beaucoup d'habitants d'Oulan-Bator y ont une cabane ou une yourte pour y passer les week-ends d'été.
Nous sommes donc partis 3 français, 4 mongols, 2kg de pâtes, 1kg de pommes de terre, 1kg de carottes, nos grosses doudounes, 12 bières et 3 bouteilles de vodka, pour passer le week-end dans la yourte des parents d'un ami.
Nous avons commencé par préparer le tsuuvan (plat mongol composé de pâtes, de viande et de poivrons), puis, les bières succédant à la vodka, nous avons, ma foi, passé une très bonne soirée.
Le lendemain, nous nous sommes réveillés tranquillement, le poêle a été rallumé et la yourte s'est tranquillement réchauffée.

Déambulation mentale sous la youtre et balade dans la froidure encore hivernale de la steppe. Un week-end tout ce qu'il y a de plus normal après tout, c'était déjà il y a plusieurs semaines...

Et puis les semaines ont succédées aux week-ends à un rythme fou...

Les ciné-clubs dans la chambre 310 de la résidence, 
les éternelles explications sur l'utilisation du passé-composé et de l'imparfait, 
les crêpes de Yannick (le propriétaire de la seule crêperie de Mongolie), 
les films du jeudi soir au Bliss, bar branché de la ville, 
les cours de russe tous les matins à l'heure du petit déjeuner, 
les rencontres magiques ... "Tiens, salut, je suis français et je viens d'arriver à Ulan-Bator. Je suis parti il y a 2 ans de Turquie, je voyage en stop et en vélo."
les coupures d'électricité et d'eau chaude...

Chaque jour apporte son lot de surprises (pas toujours bonnes d'ailleurs : 
5 min avant de partir à un cours 
"- Allo, Charlène. Oui, c'est pour te dire que ton cours est annulé. Voilà. 
- D'accord..."(c'est un "d'accord" qui veut dire "ok, je prends un max sur moi pour ne rien dire parce que je sais que c'est comme ça en Mongolie").

Et puis revoilà le week-end, un week-end comme les autres où on décide d'aller faire un petit tour à la campagne et d'agrémenter la journée par une balade à cheval de quelques heures.





Même après 8 mois ici, je reste toujours le souffle coupé devant la splendeur des paysages. Après l'hiver glacial, le printemps fait enfin verdoyer la steppe. Son visage valonné est éblouissant et le rire des fleuves et du vent sonnent comme le chant du renouveau.

Au triple galop, perdus dans l'immensité, un seul sentiment nous envahit, la liberté ! La liberté comme jamais elle ne pourra être ressentie ailleurs.

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Le début de l'été annonce également la fin de mon aventure mongole... Dans 2 mois maintenant, je serai à nouveau sur les routes. Mais parce que je me suis toujours demandée pourquoi faire simple alors que c'est tellement mieux de faire compliqué (et pour bien d'autres raisons !), je ne prévois pas "simplement" rentrer. Vous pourrez suivre mon voyage de retour à travers l'Asie centrale et l'Europe, en compagnie de Louise, sur ce site :
http://portraits-de-voyageurs.weebly.com/

Mais en attendant le départ prochain vers de nouvelles aventures, je vais aller me coucher, nous sommes dimanche et soir et demain est un autre jour, une nouvelle semaine au pays de Gengis Khan m'attend !

samedi 5 avril 2014

Comme un petit goût de Bretagne !

La lente agonie de l'hiver se termine et le printemps s'installe. Encore une fois, il faut déconstruire notre conception des saisons. Ici, point de bourgeon ni de tulipe, point de giboulée ni d'herbe grasse, rien que de la poussière et du vent, du vent et de la poussière.
Pour les mongols, le printemps est pire que l'hiver, car les organismes sont affaiblis et les virus se réveillent, ce qui fait un beau cocktail (j'en ai déjà fait les frais...). Ajoutez à cela une sécheresse qui se prolonge jusqu'aux mois d'avril-mai et vous aurez une petite idée du printemps mongol. Les tempêtes de poussières sont fréquentes, parait-il, car il n'y a pas encore de végétation sur le sol sec et rocailleux.

Néanmoins, on redécouvre des joies dont la saveur est ici décuplée.

Voir l'eau de la rivière libérée de sa prison de glace et se débattre à nouveau dans son lit, redécouvrir le bruit du clapotis après 4 mois d'abscence. J'en ai eu les larmes aux yeux ! Et puis, un beau matin, voir à travers les carreaux ces gros nuages gris annonciateurs de la pluie, nuages qui n'avaient qu'une ou deux fois parsemé le bleu glacé et profond du ciel hivernal.Une légère bruine tout compte fait, assez pour nous faire redécouvrir la délicieuse odeur de la terre mouillée, mais insuffisante pour faire germer la verdure printanière. Cette légère intempérie n'était qu'un prélude bien furtif, mais nous attendons avec grande impatience que les cieux se déchainent et que la pluie nous inonde de ses bienfaits.

Ha, la pluie battante, que je n'ai encore jamais vu tomber du ciel azur de Mongolie !

La semaine dernière, la journée internationale de la francophonie était fêtée ici, comme un peu partout dans le monde. Une occasion de célébrer les locuteurs de la langue de Molière aux quatres coins de la planète, tout en rappelant les beaux principes humanistes de cette organisation... et en passant sous silence le reste...

Tout le monde était sur son 31 et les étudiants talentueux, qui ont énormément travaillé à la maitrise des subtilités du français, ont tous eu leur moment de gloire. Concours de chanson, de récitation de poésie, d'écriture et de dictée. Les gagnants ont été généreusement récompensés. Une bien belle journée donc, l'accomplissement d'un long travail. Mais heureusement que notre activité principale ne réside pas dans l'organisation de ce genre d'événements légèrement trop pompeux et convenus pour moi...

Nous avons néanmoins eu de beaux moments de connection entre nos cultures, par exemple, lorsque la chorale militaire a chanté une vieille ballade qui ne sera pas, je pense, sans vous rappelez de bons souvenirs d'enfance !

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samedi 15 mars 2014

Passé, printemps, futur !

La semaine dernière, dans un de mes cours, je passais un extrait du film "Persepolis" de Marjane Satrapi.

Ce merveilleux film retrace la vie de sa réalisatrice, entre une enfance en Iran au lendemain de la chute du Shah, et une adolescence tumultueuse en Europe. Je vous le conseille vivement si vous ne l'avez pas encore vu ! Dans l'extrait choisi pour le cours, la petite Marjane sort dans les rues de Téhéran pour acheter une cassette d'Iron Maiden au marché noir. Tous les produits occidentaux se vendant sous le manteau après la révolution islamiste.

Après le visionnage, je sens comme un blanc dans le cours, tout le monde à un regard un peu abscent. Puis, le plus âgé du groupe prend la parole et dit "Tu sais Charlène, c'était comme ça ici aussi. Quand j'étais adolescent c'était pareil. On ne pouvait acheter des produits occidentaux qu'au marché noir, et si on portait des vêtements non-traditionnels on était emmené au poste. C'était ça avec les soviétiques aussi."
Cette fois, c'est moi qui ne sait plus trop quoi dire... "Ha bon... Mais, c'était à ce point-là ?"
"Oui, il y avait un marché noir où on pouvait acheter de la musique ou des vêtements, mais il ne fallait pas se faire prendre. Personne ne portait de jeans, le gouvernement soviétique nous surveillait partout, le pays était complètement fermé. Ce film aurait pu être tourné en Mongolie !"
"..."

La Mongolie est devenue une république démocratique en 1992. C'est à partir de cette date que le pays à commencé à s'ouvrir sur le monde, la rigidité soviétique laissant place au libéralisme à l'occidental.
Il y a une vingtaine d'année, à Oulan-Bator, une petite centaine de voitures étaient en circulation, et un quart seulement de ces voitures était privé, le reste appartenant à l'Etat.
Il est bien difficile d'imaginer ce passé pas si lointain, aujourd'hui que les rues sont constamment enkylosée par un trafic monstre.

De ce passé communiste, il ne reste plus grand chose si ce ne sont les anciens batiments soviétiques qui gisent maintenant comme des épaves dans la ville, érodés petit à petit par les vagues du modernisme.
En général, les mongols sont reconnaissants envers la Russie qui leur a en partie ouvert la voie du monde moderne. Mais personne aujourd'hui ne regarde la période communiste avec nostalgie, au contraire, tout le monde croit en l'avenir doré que promet la nouvelle politique libérale.

La capacité d'adaptation mongole est impressionnante. Passer d'un régime soviétique ultra-conservateur à une république démocratique en quelques années seulement et sans bain de sang, un exploit ! 

Bride de conversation avec un ami : "Pour moi, c'est difficile. Mon salaire ne me sert qu'à acheter à manger, mais mes enfants, eux, ils pourront, mettre de côté, voyager, aller voir le monde !"


Cela dit, et pour citer Chomsky, "le capitalisme et la démocratie sont, en dernier ressort, incompatibles", et il existe bien ici d'intolérables scandales humains et sociaux. La corruption est monnaie courante et la pauvreté morbide, mais on ne peut nier les efforts et la rapidité à laquelle la Mongolie évolue et s'adapte. Améliorera-t-elle la vie de chacun de ces citoyens ou ne fera-t-elle, comme trop souvent, qu'engraisser les portefeuilles déjà trop pleins de l'élite économico-politique ? L'avenir nous le dira.


Point météo pour finir : Le printemps mongol arrive ! Aujourd'hui nous avons un beau thermomètre indiquant 6°C ! La ville dégèle, les rues se remplissent de marcheurs et... les virus se réveillent... Obligée de rester au lit toute la journée d'hier avec comme unique activité les aller-retours à la salle de bain... Bonheur printanier !
Mais après tout, on se dit que l'hiver se termine, et comme dit Lala : "Le printemps arrive, dans un mois il y aura les premières pluies normalement !"

Allez, plus qu'un bon mois avant de voir de l'herbe pousser !



mercredi 5 mars 2014

Le sens de l'hiver

Un mois que je n'ai pas écrit... Le temps passe à une vitesse incroyable !
Comme vous vous en doutez, j'ai beaucoup de travail et peu de temps à moi.

L'hiver est toujours là, le mois de mars s'ouvre sur des matins à -20 et la nature est encore bien endormie, cloîtrée dans sa prison de glace. Nous avons eu une petite joie, il y a une semaine, le thermomètre a dépassé le zéro pendant quelques heures au moment le plus chaud de l'après-midi, nous nous sentions revivre un instant ! Il faisait presque chaud... Mais nous avons à peine eu le temps de sortir le nez de nos écharpes et d'offrir à notre visage les premiers rayons d'un printemps précose que nous replongions dans le froid sec et agressif de l'hiver...

Le froid, l'hiver.

La Mongolie met à l'épreuve le sens de ces mots. Ici, le froid n'est pas seulement cette sensation désagréable qui fait remonter des frissons le long de la colonne vertébrale. Ici, le froid est dangereux, C'est une menace permanente contre laquelle il faut toujours rester vigilant, une petite négligeance peut être fatale.

C'est un meurtrier.

 
"Il y a quelques semaines, à la campagne, une jeune famille se prépare pour les festivités du Tagaan Sar. Un matin, le père de famille part offrir son aide aux voisins. Les préparatifs de la fête étant très longs et conséquents, des bras supplémentaires ne sont jamais de refus. Le jour suivant, un des voisins arrive à la yourte de la famille pour demander à la mère de venir à son tour leur apporter de l'aide. L'entraide, comme l'accueil sont des choses qui ne se refusent pas dans les steppes. La mère laisse donc ses deux filles de 7 et 5 ans dans la yourte, pensant revenir le jour suivant.
Or, cette nuit-là, une tempête de neige envahit la campagne. Une tempête si violente, qu'on ne peut y voir à 2 mètres. La neige et le vent se déchainent et la yourte, isolée, tient tel un frèle rempart contre les assauts des éléments. A l'intérieur, les petites filles commencent à avoir froid, le feu se meurt. Elles décident de sortir chercher du bois pour la nuit. Mais la tempête est si violente, les bourasques de neige si denses, que les deux soeurs se perdent dans l'obscurité, incapables de disserner la silouette de la yourte à travers les trombes de neige. Elles ont froids, leurs membres commencent à s'engourdir, puis à geler.

Alors, la grande soeur enlève ses vêtements et les donnent à sa petite soeur. Tous ses vêtements.

Quelques heures plus tard, la tempête se clame, les parents peuvent alors revenir chez eux. Ils trouvent, à quelques mètres de la yourte, une petite fille à moitié gelée, sous un tas de vêtements... A côté d'elle, sa grande soeur, sans manteau,... et sans vie. Son petit coeur figé dans un écrin de glace."

Voilà une histoire qu'on m'a raconté cet après-midi, elle avait fait la Une des journaux mongols il y a quelques semaines. Une histoire parmi d'autres, une tragédie hivernale comme il y en a beaucoup ici. Dure, car on ne peut rien y faire, la Nature est toute puissante, on ne peut se révolter contre sa domination. On ne peut que s'émerveiller devant sa beauté, sa générosité, sa grandeur. Car nous ne sommes qu'une partie de son tout, qu'un membre frêle et fragile de son Ensemble.

La Nature terrifie et fascine les hommes. Et peut-être que pour se rassurer, pour nous rapprocher d'elle, nous avons voulu croire qu'elle "nous a créé à son image...".

mercredi 5 février 2014

Le temps qui passe et le temps qui tourne

Au nouvel an mongol, comme en France, on mange ! On mange beaucoup. Mais contrairement à la France, on mange plusieurs fois par jour, et pendant plusieurs jours ! Il faut donc avoir l'estomac solide...

Le 31 janvier dernier était le premier jour de l'année du cheval, selon le calendrier lunaire commun à la plupart des pays asiatiques. Pour bien commencer l'année, nous sommes allé au monastère bouddhiste principal d'Oulan-Bator, le Gandantegchinlin.


 Comme le nouvel an mongol correspond aussi au nouvel an tibétain, il y avait une forte animation dans le monastère. 


Les gens viennent en famille et s'habillent de leur plus beaux costumes traditionnels (deels). Verts, roses, bleus, brodés, dorés, couleurs lumineuses rompant avec le blanc et le gris monotones de la ville. De la ceinture de cuir au chapeau de fourrure en passant par les bottes multicolores, chacun porte ce qu'il a de plus beau et de plus cher pour que la nouvelle année soit abondante et généreuse.



Les moines se rassemblent au son de la conque puis entrent dans les temples pour commencer la cérémonie du nouvel an. Ils s'installent alors en tailleur sur leur banquette et récitent de longues prières sur un ton monocorde, régulées par le son des tambours et des tingshas (les cymbales tibétaines). Alors que certains mènent la prière, d'autres s'occupent de l'évolution de la cérémonie : distribution de thé, offrandes, construction d'une sculpture de graines, bénédiction des laïcs. D'autres encore s'endorment ou passent des coups de téléphone avec leur smartphone !

Alors que dans une église on avance du fond vers l'hôtel, en suivant une ligne droite, dans un temple bouddhiste il faut "circuler" dans le sens des aiguilles d'une montre, en tournant autour de l'assemblée des moines.
Le cercle est un symbole fort dans les sociétés historiquement bouddhistes, alors que dans les sociétés d'influence chrétiennes c'est la ligne droite qui domine. En effet, après la mort, les âmes retournent dans le cercle des réincarnations pour les bouddhistes alors qu'elles montent au paradis pour les chrétiens.

Ces visions circulaire versus rectiligne du monde ne se limitent pas à l'espace. Le temps est aussi culturellement codifié.

Il n'y a pas vraiment de début ou de fin pendant la cérémonie bouddhiste, les laïcs restent le temps qui leur convient, aucune limite de temps n'est imposée. Ils entrent, font une offrande, se recueillent et repartent. Ainsi, la circulation dans le temple est permanente, les gens tournent et le rythme des chants reste régulier, comme dans un tourbillon.

Et nous, perdues dans notre vision rectiligne du monde, nous attendions "bêtement" le début ou la fin de quelque chose... Ces différences culturelles dans notre conception de l'espace et du temps ne se réduisent pas aux cérémonies religieuses, elles nous jouent aussi des tours au quotidien !

D'où, probablement, la grande difficulté que les occidentaux ont à s'adapter à la gestion du temps à la mongole. Pas d'emploi du temps, pas d'horaire, pas de programmation en avance. Pour avoir un rendez-vous, même professionnel, avec une personne, rien ne sert d'appeler 3 semaines en avance (je pense d'ailleurs commencer à m'adapter car, rien que le fait d'écrire "3 semaines en avance" me semble déjà aberrant!), Rien ne sera sûr avant la veille du rendez-vous.

Illustration : je dois avoir un cours particulier demain soir, mais bien sûr, il n'a pas été confirmé. J'appelle donc la coordinatrice pédagogique de l'Alliance pour savoir si le cours est confirmé et pour avoir, peut-être, le lieu et l'heure du cours... Elle me répond simplement "je ne sais pas, ils doivent appeler demain matin, on verra ça demain tu veux bien !". Demain est un autre jour.

Un autre exemple, pour le Tsagaan sar, le nouvel an mongol, une de mes amies m'a proposé d'aller rendre visite à sa grand-mère à la campagne le week-end dernier.

"Peut-être vendredi, ou samedi, je t'appelle !".

Jeudi soir, un texto "On ira chez ma grand-mère demain, d'accord ? Je t'appelle demain matin pour te dire l'heure."

Vendredi matin, 10 heures.

"- Je passe te prendre dans 1 heure chez toi, ça te va ?
- heu... Pas de problème, je ne suis pas chez moi, mais si je cours, dans une heure j'y serai !"

4 heures plus tard. Sa voiture arrive devant chez moi.

"- Désolée, le trafic.
-Pas de problème..."

Pour Tsagaan sar, tout le monde rend visite aux différents membres de leur famille, le trafic dans la ville se retrouve donc plus dense que jamais...
Après 2 heures de parechocs contre parechocs, nous arrivons donc chez la grand-mère. L'accueil est extraordinaire ! Une jolie petite mamie toute frêle et ridée se tient au bout de la table. Elle porte un grand deel rose et un chapeau en feutre. Son visage se plisse encore davantage lorsqu'elle nous voit entrer et elle se met alors à rire comme une enfant. Nous lui tendons un khadag (foulard en soie bleu) et en échange, elle nous offre l'un de ces merveilleux sourires de vieilles personnes, édenté mais encore pétillant de vie. Sur la table trônent le shiniin idee (gâteau traditionnel) et un demi-mouton. Nous nous asseyons sur les canapés, les hostilités peuvent commencer !
Après les salutations, on nous sert un suutai tsai. Puis, les mongols s'échangent leur tabatière, chacun prisant dans la tabatière de l'autre puis la rend à son propriétaire. Ceux qui n'ont pas de tabatière, ce qui était mon cas, prisent quand même ! Ensuite, il faut faire honneur à la nourriture, présente en très grande quantité : mouton bouilli, langue de bœuf, salade de pomme de terre et bien sûr, les buuz, des montagnes de buuz (raviolis de moutons à la vapeur) !
On nous ressert également régulièrement du suutai tsai, mais aussi du lait de chamelle, de la vodka (3 verres minimum !) et de l'aïrag (lait de jument fermenté, donc légèrement alcoolisé). Mon attitude sûrement un peu gauche et mes tentatives de discussion en mongol ont fait l'hilarité de la petite grand-mère pendant deux bonnes heures, et puis c'était déjà l'heure de partir.

Certains visitent jusqu'à 10 familles dans une journée, les gens ne restent donc généralement pas plus de 2 heures dans chaque maison. Le rituel est toujours le même, on se salue, on mange, on reçoit les vœux de bonheur et de prospérité de chacun et on repart, et ainsi de suite pendant 3 à 10 jours. L'heure n'a pas d'importance, les événements ne s'enchaînent pas, ils se répètent d'une maison à l'autre.

Sur le cadran de l'horloge du salon de la grand-mère, l'aiguille des minutes effectuait ses rotations régulières alors que l'aiguille des heures, inerte, pointait toujours le 6. Belle illustration de la temporalité mongol, le temps tourne mais n'avance pas. Aujourd'hui, demain, dans une semaine, 1 heure, 4 heures, quelques minutes, une journée, quelle importance ! Le futur est la renaissance du présent. La vie, les saisons, le temps tout n'est qu'un cycle qui se répète à l'infini.

Naissance, mort et renouveau.

Le monde est ainsi fait, rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme, à l'infini. Alors, pourquoi s'inquiéter du temps qui passe ?


jeudi 30 janvier 2014

Fête et linguistique !

Ce soir, c'est la veillée du Tsagaan Sar (litt : "le mois blanc", ou "la lune blanche"). C'est le nouvel an mongol, fête de la nouvelle lune et du renouveau. L'année du serpent se termine et c'est le cheval qui prend sa suite. Les préparatifs des festivités ont commencé depuis déjà plusieurs jours, voir plusieurs semaines pour certains.
La tradition veut que, pour cette fête, on rende visite aux aînés de la famille. Chaque foyer s'apprête donc à recevoir et à visiter une ribambelle de cousins, cousines, oncles, tantes, frères, soeurs, grand-parents, neveux, nièces... C'est le moment de l'année où tout le monde se retrouve pour partager un véritable festin.
Chacun s'affaire depuis deux semaines. Les carcasses de moutons s'entassent dans des fourgonnettes, les étagères des magasins se vident et se remplissent à un rythme soutenu, les "aliments blancs" (produits laitiers) envahissent les marchés. Certains produits typiques du Tsagaan Sar font leur apparition tels que les ulyn boov, genre de gros biscuits ovals qu'on empile les uns sur les autres pour former le shiniin idee (litt : "l'aliment nouveau").



Cette pièce montée est ensuite décorée de quantité de petites sucreries à base de lait.
Mais le plat inévitable du Tsagaan Sar est sans nul doute les buuz, les fameux raviolis de mouton mongol cuits à la vapeur.



Les mongols en confectionnent par centaine pour les offrir à tout ceux qui viendront leur rendre visite. Tout cela est bien sûr accompagné du suutai tsai qu'on ne présente plus (le célèbre thé au lait mongol), ainsi que l'aarts, boisson très, très surprenante... C'est du fromage mélangé avec de l'eau chaude, un peu de farine, ce qui donne une boisson épaisse et grumeleuse à l'odeur très particulière que certaines on qualifié de "vomi de bébé"... Je n'ai jamais gouté de vomi de bébé, mais j'avoue que... Bon... Passons.

Cette fête, comme toutes les fêtes du monde, est l'occasion de se rassembler en famille. Les jeunes offrent alors aux personnes âgées de la famille le khadag, un foulard de soie bleu, avec un peu d'argent.


Ici, le respect de la hiérarchie familiale est primordial, les jeunes doivent honorer leurs aînés. C'est un rapport entre les membres de la famille qui n'a pas vraiment d'équivalent dans la culture occidentale.

C'est d'ailleurs à travers la langue qu'il est possible de constater ces différences culturelles.

Par exemple, en français, la seule différence entre la grande soeur et la petite soeur réside dans l'adjectif qualificatif qui n'a pas une grande importance puisque quoiqu'il en soit, grande ou petite, elle restera ma soeur. En mongol, au contraire,la différence est de taille ! la grande soeur est appelée egtch, alors que la petite soeur est simplement eregtei duu (litt : "la petite fille", "la petite soeur"). De même, le grand frère est appelé akh, et le petit frère emegtei duu (litt : "le petit garçon", "le petit frère"). Il existe donc une nette différence (linguistique et donc culturelle) entre les cadets et les aînés. Ces derniers se rapprochent davantage des parents au niveau de l'importance dans la famille. La grande soeur "egtch" est plus proche de la mère "eej", que de la petite soeur "emegtei duu", et le grand frère "akh" est plus proche du père "aav" que du petit frère "emegtei duu". Quand la phonétique devient l'interprète des relations sociales !

On comprend alors toute la complexité du travail de traducteur...

Un autre exemple, il n'existe pas en français de traduction pour le mot zolgokh, qui est la salutation particulière échangée lors du Tsagaan Sar. C'est une salutation respectueuse au cours de laquelle on se prend par les bras, les mains allant jusqu'aux les coudes de l'autre. La personne la plus âgée place ses bras au-dessus de ceux de la personne la plus jeune. La société mongole étant très traditionnelle, très codifiée, ces gestes ne doivent pas être fait au hasard.
Il ne faut pas  "saluer" une femme enceinte de peur que les esprits influencent le sexe du bébé et le fasse "devenir une fille", la position d'infériorité de la femme est malheureusement quelque chose de commun à quasiment toutes les cultures du monde...
Les époux ne doivent pas non plus se "saluer" entre eux car, pour citer ma professeure de mongol "ils forment une seule et même personne", dès lors, pourquoi se souhaiterait-ils prospérité et bonheur, puisque que la prospérité et le bonheur de l'un feront la prospérité et le bonheur de l'autre ! Cette forme de salutation donc, profondément respectueuse, ne trouve pas d'équivalent en français.


Les langues sont un vrai miroir de la culture et des traditions. Elles sont vivantes et elles évoluent en même temps que leurs locuteurs. Elles nous racontent l'histoire du monde, l'histoire des peuples qui les ont façonnées. Elles sont les liens qui nous relient les uns aux autres et c'est à travers elles que nous pouvons comprendre la culture de l'autre. Elles sont les garantes de la diversité de l'humanité et tout comme elle, les langues se transforment, se complexifient, échangent et empruntent sans cesse.
Ainsi, le mot botïnk (litt : "chaussure"), est un mot que les mongols ont emprunté au russe et qui ressemble étrangement à nos "bottines" françaises... Intrigant !

Les mots voyagent et créent des ponts entre les hommes. Serions-nous donc fait pour nous comprendre finalement ?

Pour finir sur une anecdote, il y a quelques semaines, j'ai longuement échangé avec un mongol, non pas en mongol, ni en français, ni en anglais, mais en langue des signes (avec les quelques pauvres restes que j'ai pu glaner dans ma mémoire... merci les cousins !! :) ), et j'ai été extrêmement surprise de voir à quel point cette langue est universelle ! Peut-être avons-nous déjà entre nos mains l'outil qui pourrait relier toute les langues du monde !...

mardi 21 janvier 2014

1 personne sur 4...

Après deux jours passés en total isolement, à 3 heures de route de la ville la plus proche, nous devons, cette fois contraintes et forcées, faire notre sac pour la dernière fois. Les vacances sont finies, Oulan-Bator et nos obligations professionnelles nous attendent.
Le taxi est arrivé. Nous finissons notre Suutai tsai (thé au lait) prestement, puis disons au-revoir à la famille qui nous a hébergées, un dernier coup d'oeil dans la yourte pour vérifier que nous n'avons rien oublié et nous embarquons. Au revoir Amarbayansgaland ! La tradition veut que nous te fassions la promesse de revenir dans 10 ans. Je l'ai faite, et j'espère pouvoir la tenir !





Notre chauffeur est venu accompagné de son meilleur ami et alors que nous nous éloignons de notre petit coin de paradis blanc, les efforts de communication reprennent bon train dans la voiture. Le monastère pourtant si imposant devient rapidement une petite tâche noire sur l'immense manteau blanc de la plaine puis, au détour d'une colline, disparait, comme les images futiles des rêves qui nous glissent entre les doigts au petit matin. Direction Dakhan pour prendre le train de nuit qui nous ramènera à la capitale, une légère mélancolie nous traverse, nous serions bien restées quelques jours, quelques vies, de plus. Nous quittons un lieu clair, blanc, vide et apaisant, grandiose, pour retrouver les rues noires encombrées et irrespirables d'Oulan-Bator. Pire que le chagrin de l'écolier qui retourne à l'école après des vacances ensoleillées, nous sommes démoraliser à l'idée de savoir que, dans quelques heures, nous serons à nouveau sous le nuage épais et nauséabond de la capitale la plus polluée du monde...

Notre train quitte Dakhan à 22 heures. Nous voyageons de nuit dans un wagon-couchette. Le train est plein et nous nous frayons avec peine un chemin vers notre banette. Le wagon est découpé en petits compartiments ouverts, chaque compartiments comportant 6 couchettes (3 d'un côté et 3 de l'autre). Les espaces n'étant pas fermés, les occupants d'un compartiment peuvent très facilement voir ce qui se passe dans celui d'à côté.

Nous rangeons d'abord nos sacs sous la banquette du bas puis nous nous hissons, avec la grâce d'un Orang-outan, sur les couchettes du milieu. Il fait très chaud et l'espace à notre disposition n'est pas large, mais nous sommes à l'aise. Tout est calme et silencieux. Un monsieur bedonnant dort torse-nu, une mamie caresse les cheveux de son petit fils qui s'est endormi sur ses genoux, une adolescente envoie une dizaine de textos à la minute et un jeune homme écoute de la musique la tête appuyée contre la vitre... Et la locomotive emmène tout ce petit monde à travers la steppe sombre. Dans quelques heures nous aurons rejoint le centre névralgique du pays, mais en attendant, la tête sur l'oreille, bercé par les mouvements réguliers du convoi, nous nous enfonçons dans un sommeil paisible...


6 heures plus tard, nous sommes réveillées par l'activation des passagers. Il est 5 heures du matin, le soleil n'est pas levé et nous pénétrons dans Oulan-Bator. Nous distinguons les habitations et les yourtes des quartiers nord de la ville à travers les vitres du train. Un épais nuage de fumée stagne dans les rues. La vue de cette masse dense de pollution nous désole et, sans enthousiasme, nous nous préparons à l'arrivée en gare. A peine sorties du train, elle est déjà partout, on la respire à plein nez, elle pique les yeux, elle assèche la gorge... Impossible de se retenir de tousser, il faut un peu de temps pour s'habituer à cette odeur suffocante de charbon brûlé. Le matin et le soir sont les moments de la journée où le taux de pollution est le plus élevé, car c'est le moment où les habitants des quartiers de yourtes allument leur poêle à charbon pour se chauffer et faire la cuisine. Au delà du charbon, qui est souvent de mauvaise qualité et qui, de ce fait, se consume mal, les habitants brûlent leur poubelles ou des pneus pour se réchauffer. Ajoutez à cela le défilé incessant des pots d'échappement dans les rues encombrées et vous n'aurez encore qu'une vague idée de l'atmosphère irrespirable de la ville. On m'avait prévue, mais je n'aurais jamais pu imaginer l'ampleur du phénomène. Deux jours après notre retour, j'ai chopé un énorme rhume dont je n'arrive toujours pas à me défaire... Marcher 20 minutes dehors pour aller travailler est devenu une véritable épreuve de force pour les poumons. Tout le monde évite le plus possible de sortir après 18 heures car à partir de là, on a du mal a distinguer le sommet des buildings , noyés dans une purée épaisse et sombre. Si on veut aller en boîte après la tombée de la nuit, on prend un taxi, même si le bar est à 15 minutes de marche, et après une journée de travail, on s'empresse de se débarrasser de ses vêtements tout imprégnés de l'odeur asphyxiante de fumée.

Oulan-Bator arrive deuxième au triste palmarès des villes les plus polluées du monde (pollution aux microparticules), loin devant Pékin ou Mexico, qui ne sont même pas dans le top 10. Le UB Post (journal d'information mongol publié en anglais) d'hier titrait "Le pays du ciel bleu ? La pollution est responsable de 25 % des décès à Oulan-Bator". 25% !!! 1 personne sur 4 qui décède aujourd'hui à Oulan-Bator est une victime de l'air. Il y a 2 ans, c'était 1 sur 10...

Les hôpitaux répertorient une augmentation effrayante de problèmes cardiaques, cérébraux et pulmonaires. La tuberculose frappe de nombreuses personnes, et comme partout, les enfants en sont les premières victimes (directes ou indirectes). L'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) estime que le taux de particules fines dans l'air PM2.5 (de 2,5 microns de diamètre) ne devrait pas dépasser les 25 µg/m³ pour une durée de 24 heures, ou 10 µg/m³ pour une exposition à l'année. A Oulan-Bator, ce taux peut grimper au-delà de 600 µg/m³ le soir !! Ces particules fines pénètrent jusque dans le sang et ont des effets directs sur la santé. Ainsi, selon le UB Post, la pollution serait devenue "l'ennemi public numéro 1", et représente la plus grande menace actuelle sur la population.

En comparaison, en France, une procédure d'alerte est déclenchée lorsque le taux PM10 atteint 80 µg/m³. A Oulan-Bator, ce niveau n'est atteint qu'aux heures les plus "respirables" de la journée... 

Oulan-Bator explose les records de pollution de Pékin, pourtant, cela ne fait pas la Une des journaux internationaux et tout le monde semble vivre sa vie sans se soucier du poison ambiant qui menace la santé de la population et des futures générations. Le gouvernement mongol tente de trouver des solutions à cette calamité : mettre à disposition des poêles plus efficaces, reloger les habitants des quartiers de yourtes dans des appartements... Mais aucun projet ne semble être assez efficace aujourd'hui pour endiguer la croissance alarmante de la pollution, et les conséquences sur la santé des générations futures restent encore largement sous-estimées...

Le mieux à faire pour l'instant est de rester chez soi le plus possible en attendant le printemps. Avec l'arrivée des premières chaleurs, les poêles s'éteindront et l'air redeviendra un peu plus respirable... 


dimanche 12 janvier 2014

Sublime Mongolie (partie 2)

Nous arrivons à la gare de Dakhan à 23 heures. Le quartier est très glauques et les rues sont vides, si ce n'est les quelques chiens rodant autour des poubelles. Du quai de la gare, nous apercevons l'enseigne lumineuse d'un hôtel qui éclaire vaguement la rue. Nous décidons que cela fera très bien l'affaire pour ce soir, ni l'une ni l'autre n'ayant envie de déambuler dans cette ville encore inconnue à une heure si tardive.
La porte de l'hôtel est fermée à clef, mais nous frappons et une jeune femme vient rapidement nous ouvrir. Elle nous dévisage de la tête aux pieds puis prend un air autant amusé que surpris lorsqu'on lui demande une chambre pour la nuit. Avec un petit sourire en coin, elle nous ouvre une chambre. Nous commençons à sentir quelques choses d'étrange dans l'atmosphère de cet hôtel, mais peu importe nous prenons la chambre. Ce n'est qu'une fois les sacs posés que nous réalisons. La porte est insonorisée. Les meubles sont plastifiés, il y a un étrange peignoir en soie accroché au porte manteau et... des distributeurs de papiers toilettes sont fixés au mur, juste à côté d'un affichage signalant qu'il est interdit de boire de l'alcool dans la chambre... Il semblerait que cet hôtel soit plutôt du genre à "louer les chambres à l'heure"... Une petite visite à la salle de bain commune confirme notre impression. Nous sommes bien dans un hôtel de passe. Charmant !

 
Après quelques minutes de malaise, nous rions franchement de l'improbabilité de la situation. De toute façon, nous sommes trop fatiguées pour aller chercher un autre hôtel. Nous essayons donc de dormir en évitant de penser aux locataires des chambres voisines...
Le lendemain, nous rangeons nos affaires dare-dare. Nous ne tenons pas à faire de rencontres étranges dans les couloirs. Nous nous esquivons donc poliment mais prestement.

La ville de Dakhan a tout d'une cité dortoir industrielle : de gros blocs de béton "à la sovièt'", quelques karaokés par-ci par-là, et un marché ou l'on trouve de tout et de rien, de la viande de mouton aux bottes rembourrées en passant par des coques de portables bling-bling et des guitares acoustiques.
Nous pensions avoir atteint le must des hôtels sordides hier soir, mais c'était sans compter sur l'hôtel Dakhan. Ce bâtiment devait être un vrai palace à l'époque soviétique, on pourrait y loger une armée entière ! Malheureusement, il ne semble pas avoir été rénové depuis à en croire les chewing-gums incrustés dans la moquette, le style suranné de la tapisserie et des rideaux ainsi que la violente odeur de renfermé émanant de l'ensemble.
 

Les immenses couloirs d'1,5 mètre de large débouchent sur d'austères halls sombres. La décoration est sommaire et le cuire des canapés troué. Bien que l'hôtel soit quasi-vide, on nous attribue une chambre au 5ème étage sans ascenseur. Rien de très accueillant donc...
Mais un argument suffit à faire pencher la balance, il y a de l'eau chaude ! Ainsi, pour la Saint-Sylvestre, nous nous offrirons le luxe d'une douche dans un décor à la "Shining". Une bouteille de vin italien agrémenté de quelques cacahouètes, des feux d'artifice dans les rues et "The Hobbit" doublé en mongol à la télé, voilà un réveillon qu'on n'est pas prête d'oublier !
Le lendemain, nous sommes très surprises quand la réceptionniste vient nous dire que notre taxi nous attend devant l'hôtel. Pourtant, hier soir, elle semblait nous certifier qu'il n'était pas possible d'avoir un taxi un 1er janvier dans toute la ville... Alors, soit nous sommes encore devant une preuve de la grande capacité d'adaptation mongole (même au dernier moment, il y a toujours une solution), soit nous n'avions vraiment rien compris à la tournure qu'avait pris la conversation d'hier soir... La deuxième proposition est certainement la bonne !
Nous commençons par négocier le prix du trajet sur un bout de comptoir. Nous trouvons rapidement un tarif qui convient aux deux parties et nous nous mettons en route. Un trajet de 3 heures nous attend. Nous nous rendons au monastère bouddhiste "Amarbayasgaland" (il nous a fallu quelques heures de pratique avant de maitriser cette dénomination!).
Notre chauffeur est un jeune mongol de 24 ans. Il nous demande si nous sommes bouddhistes et si nous allons au monastère pour prier. Il semble surpris que deux touristes veuillent visiter un monastère en plein hiver juste pour le plaisir de l'architecture.
Lui, il pratique le chamanisme. Au bout d'une demi-heure de route, il s'arrête sur le bas côté et sort un petit bol en terre cuite de la boîte à gants. Il commence par remplir le bol d'un liquide que nous supposons être de la vodka à en croire l'odeur. Il plonge y d'abord ses deux grosses bagues puis les deux amulettes (un arc en cuivre et un serpent en tissu) accrochées au rétroviseur. Il remet alors ses bagues et sort de la voiture. Faisant face aux montagnes, il envoie quelques gouttes en l'air avec son doigt puis boit le contenu du bol d'un trait. Nous observons avec attention cette courte cérémonie. Nous sommes intriguées. Bien que la Mongolie ait été athéisée durant la période communiste, les croyances et les pratiques religieuses sont visiblement toujours très présentes, même chez les jeunes générations.
Après 1h 1/2 de route asphaltée, nous nous lançons sur une piste verglacée serpentant dans la steppe, nous ne voyons rien à l'horizon. La plaine enneigée s'étend à perte de vue.

Au bout de quelques kilomètres, la voiture dérape, fait plusieurs tours sur elle-même comme une toupie et s'arrête en travers de la piste. Pas de panique, notre chauffeur est un vrai pilote, il redémarre comme si de rien n'était. C'est vrai qu'il n'y a pas vraiment de danger, aucun arbre en vue et pas de fossé au bord de la piste. Nous nous sentons néanmoins comme de petites fourmis avançant péniblement dans un océan lacté. Nous dérapons encore 2-3 fois sur le verglas de la piste, notre chauffeur est concentré mais nous commençons à avoir des doutes... Sait-il réellement où il nous emmène ? Nous ne pouvons faire autrement que de lui faire confiance, perdues que nous sommes au milieu de nul part, sans réseau, sans une yourte à l'horizon... ni monastère d'ailleurs... Alors que nous commencions à sérieusement penser que ce n'était peut-être pas une si bonne idée de  nous aventurer si loin en plein hiver, nous le voyons ! Amarbayasgaland ! Splendeur bouddhiste isolée du monde, merveille architecturale dans son écrin de neige.





Notre chauffeur, presque aussi rassuré que nous d'être arrivé, nous accompagne pour trouver un hébergement. Il y a un tout petit village à côté du monastère. L'été, ce lieu doit bouillonner d'activités, mais l'hiver seulement 2 ou 3 familles y vivent. Dans le petit magasin du village, on trouve, bien alignés sur les étagères, des paquets de cigarettes, des allumettes, des jus de fruits, une grande quantité de ramens et quelques boîtes de conserves. En hiver, les principaux clients de l'échoppe sont les moines du monastère.  La tenancière, qui vit ici toute l'année avec sa famille dispose également d'une yourte pour les voyageurs. Nous y élisons domicile pour les deux prochains jours qui clôturerons notre voyage.

La yourte est l'habitat traditionnel des nomades de Mongolie. Elle peuple encore beaucoup les campagnes du pays bien que de nombreux mongols lui préfère le confort des constructions fixes. Les nomades n'hésitent généralement pas, quand ils en ont les moyens, à échanger le feutres et le bois de la yourte contre la brique et le ciment des habitations sédentaires.


 Sous les yourtes mongoles, l'espace est extrêmement organisé. L'intérieur forme un cercle au centre duquel trône le poêle. On y entre toujours du pied droit en faisant bien attention à ne pas marcher sur le seuil, ni à se cogner la tête au linteau de la porte (et croyez-moi, ce n'est pas si facile...). Une fois à l'intérieur, il faut circuler dans le sens des aiguilles d'une montre et ne pas passer entre, ni s'appuyer sur, les poteaux soutenant la yourte.


La porte de la yourte est toujours orientée vers le sud. L'est (la partie gauche de la yourte) est réserve aux femmes et l'ouest est la partie où siège traditionnellement les hommes. Le fond de la yourte (en face de la porte) est la zone réservée aux anciens, aux objets de valeurs, familiaux ou encore aux hôtes. Les lits sont disposés sur les côtés de telle sorte que les pieds soient orientés vers la porte. L'armature de la yourte est faite en bois et est maintenue à l'aide de corde. Elle est recouverte de feutre blanc à l'extérieur et de tissu richement coloré à l'intérieur.



La seule ouverture vers l'extérieur, à part la porte, est le trou dans le toit laissant sortir le tuyau du poêle.
L'atmosphère à l'intérieur d'une yourte est chaude et rassurante. Le contraste est fort entre l'extérieur immense et glacial, et l'intérieur restreint et confortable.Vivre dans un cercle a quelque chose d'apaisant, la dureté des angles droits laisse place au calme serein des lignes courbes. C'est un espace ou l'esprit se sent bien, mais où, il faut le dire, le confort est limité.
 Il n'y a, bien sûr, pas d'eau courante dans la yourte et, concernant les besoins naturels, un trou entouré de quatre murs à quelques mètres de la yourte font l'affaire. Je vous laisse imaginer la partie de plaisir quand il faut baisser son pantalon par -25°C, en équilibre sur deux planches de bois...
Si la température monte très vite à l'intérieur de la yourte grâce au poêle à bois, elle descend tout aussi rapidement quand celui-ci n'est pas alimenté. Ainsi, Il faut régulièrement se levé, la nuit, pour remettre quelques bûches à brûler. N'étant pas habituées à cette activité nocturne, nous avons eu le malheur, dès la première nuit, de laisser mourir le feu... Si bien qu'à 5 heures du matin, engourdies par le froid et par le sommeil, nous étions à quatre pattes, soufflant sur les braises pour tenter de rallumer le poêle...




Maintenir une température intérieure confortable alors que l'air extérieur avoisine les -30°C la nuit est un véritable sport de combat ! Mais ensuite les projections lumineuses du feu, filtrées par la grille du poêle, dansent sur les murs de la yourte. Alors, au fond de son lit, regardant les étoiles scintiller à travers le trous du toit, on se sent bien, privilégiée, hors du temps.

dimanche 5 janvier 2014

Sublime Mongolie (partie 1) !

Le 28 décembre au matin, nous nous levons avec le soleil. Les sacs sont prêts et le taxi nous attend. Une fois le café avalé, il ne reste plus qu'à chausser nos bottes et nous voilà parties pour la gare.
Nous avons prévu de laisser place à l'imprévu ! Nous n'avons rien réservé, à part le billet de train. Nous savons à peu près où nous allons mais pas ce que nous y ferons. L'aventure sera au bout du chemin !


10 heures à voir défiler les immenses steppes gelées de Mongolie dans ce train mythique qui fait rêver tant de voyageurs de la planète : le transmongolien. Bien plus qu'un voyage dans l'espace, c'est un voyage dans le temps que nous allons vivre en empruntant cette unique voie ferrée reliant Pékin à Moscou et nous ne pouvons retenir notre excitation !





Sur le quai, le froid est saisissant et nous attendons au chaud dans le hall de la gare le moment de pouvoir embarquer. Assises sur notre banc, nous nous faisons ouvertement dévisager par les autres voyageurs, il est vrai que les touristes se font très rares à cette période de l'année...





En posant le pied sur la première marche du wagon, nous avons la sensation de plonger dans le décor d'un roman d'Agatha Christie. Nous ne serions pas surprises de croiser Hercule Poirot dans le corridor qui nous mène jusqu'à notre cabine. Les contrôleuses en uniforme, le ballon d'eau chaude chauffé au charbon, les couvertures, les rideaux et les coussins à la mode russe, tout semble dater d'une autre époque.








A intervalle régulier, le train s'arrête, parfois dans une gare (i.e. un panneau indiquant un petit regroupement d'habitations...), parfois, au milieu de nulle part. Quelques passagers descendent alors, puis le convoi reprend son rythme lent et nous nous laissons alors bercer par les "taco-tac" des roues glissant sur les rails. De la neige à perte de vue, des montagnes au loin, quelques yourtes encerclés par des troupeaux de moutons, le regard se perd, l'esprit s'évade et la contemplation devient une activité à part entière.



La nuit est déjà tombée quand nous arrivons à notre destination. La petite ville de Suukhbaatar nous accueille et nous arpentons quelques mètres de trottoir verglacés avant d'entrer dans l'imposant hôtel "Selenge", le seul qui semble être ouvert. Nous demandons une chambre pour une nuit seulement car l'accueil y est glacial. Nous trouverons peut-être un petit hôtel plus sympathique demain.


A 9h le lendemain, nous sommes déjà sur le départ quand une jeune dame vient frapper à notre porte pour nous apporter le petit-déjeuner... Qu'importe,  nous tassons le saucisson, les oeufs et le pain au fond de notre sac, nous les mangerons au déjeuner, et nous partons à l'assaut de Suukhbaatar ! Nous trouvons rapidement un hôtel "familial" très mignon où nous établissons domicile pour les prochaines 24h. Les chambres sont neuves, si bien que la douche n'est pas encore terminée, aucune importance, de toute façon il n'y a pas d'eau chaude...
Nous baragouinons quelques mots en mongol avec la dame de l'accueil qui, au bout de 10 minutes, comprends que nous cherchons à louer les services d'un chauffeur pour nous emmener au poste frontière russo-mongol. Une heure plus tard, un monsieur peu causant d'une quarantaine d'année passe nous prendre à l'hôtel et nous embarquons dans sa voiture. House de siège "hello Kitty", pare-soleil "Mickey Mouse" pendentif animiste au rétroviseur et le Soyombo (symbole national de la Mongolie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Soyombo) aux fenêtres, encore un bel exemple du bouillon culturel mongol.
Après 24 kilomètres d'une route droite, nous atteignons le poste frontière, nous apercevons au loin le dôme d'une église orthodoxe. C'est tout ce que nous verrons de la Russie ! Quelques photos et nous repartons...


Notre chauffeur semble alors s'ouvrir à la communication et nous échangeons quelques mots. Il nous propose de nous emmener sur 3 sites "mach goy" (très beau), nous sommes ravies ! Premier arrêt, une source d'eau chaude... gelée. C'est un petit geyser dans lequel est planté une branche habillée de morceaux de tissu bleu, marquant l'emplacement d'un lieu sacré pour les animistes. Pour honorer les esprits il est conseillé de déposer un petit peu d'argent dans les plis de tissu puis de faire trois tours autour de la branche. L'exercice devient rapidement périlleux quand la branche se trouve au centre d'une grande patinoire, mais nous ne voulons pas nous attirer la foudre des esprits de la nature dès le début de notre voyage, nous nous exécutons donc.

Juste derrière le geyser se trouve une immense stèle que Gengis Khan lui-même aurait dressée et plantée dans le sol (il est vraiment trop fort ce Gengis Khan !).


Deuxième étape, le "Eej Mod" (l'arbre mère), haut lieu sacré pour les animistes. Nous n'avons pas apporter de riz et de lait qui sont les offrandes de rigueur... Mère Nature devra se contenter de nos sincères et profonds remerciements pour les merveilles qu'elle nous donne à voir chaque jour.



Dernière étape de notre première journée, un lieu très apprécié des habitants de la région et qui, bien sûr, ne se trouve pas sur nos guides... (Nous aurions d'ailleurs 2-3 mots à dire à l'équipe de rédaction du Lonely Planet de Mongolie à l'occasion...)
Le soleil commence à décliner quand nous entreprenons de gravir les quelques marches qui nous mènent jusqu'au point de vue, le froid est glacial et la neige épaisse. Nous atteignons rapidement le point culminant du site et puis, le souffle s'arrête, les larmes montent aux yeux.... Devant nous, à perte de vue, l'immensité ! Les montagnes enneigées, les plaines gelées, en bas la rivière prisonnière de la glace, tout le paysage semble figé dans son manteau d'hiver. Le silence est absolu.
Notre chauffeur nous fait une brève description de ce que nous avons sous les yeux "à droite le lac Baïkal, la Russie, à gauche Selenge, la Mongolie". Et au milieu, nous, toutes petites, insignifiantes.


Le soleil se couche, il faut repartir pour ne pas être pris par la nuit, de toute façon, notre visage commence à être pétri de froid... De retour en ville, nous nous arrêtons dans un "guantz" (une cantine mongole). Au menu du soir : khuushuurs (beignets frits garnis de viande de mouton) et suutai tsai (thé au lait mongol). Nous mangeons sous le regard amusé d'un mongol qui n'a pas arrêté de nous prendre en photo avec son iphone. Nos nombreuses gesticulations pour lui faire comprendre qu'une demi douzaine de photos devraient être suffisantes maintenant ne faisant que renforcer son hilarité, nous décidons d'écourter notre dîner et de nous réfugier à l'hôtel...

Le soir, la tête sur l'oreiller, les paysages blancs défilent encore derrière nos paupières closes.

Dernier jour à Suukhbaatar, notre train pour Dakhan partira ce soir à 20h40. Nous laissons notre sac à la consigne de la gare et nous partons pour une petite marche sur la rivière "Orkhn". L'avantage des rivières gelées, c'est qu'on a pas besoin de pont pour les traverser ! Il est bien difficile d'ailleurs de faire la différence entre un sol couvert de neige et une rivière gelée couverte de neige... Si bien que ce n'est qu'après avoir fait quelques pas sur celle-ci que nous nous rendons compte qu'effectivement, nous ne sommes plus sur la "terre ferme"...

Nous jouons comme des gamines à imaginer que la glace cède sous nos pas, quand... un craquement... et ma jambe s'enfonce sous la surface jusqu'au genou.


Les filles se croyaient farouches, mais elles font moins les malignes maintenant ! Il reste une vingtaine de mètres avant d'atteindre l'autre berge... L'adrénaline monte à la gorge. On avance délicatement mais prestement, en serrant les dents pour moi et en chantant tout un tas de bêtises pour Alisson (chacun son truc pour faire passer le stress...). Enfin, nous voilà sur la berge ! Les nerfs se relâchent et Alisson arrête de chanter. On rit de notre panique "c'était quand même pas grand chose !" et puis, le rire devient jaune lorsqu'on se rend compte qu'il va falloir retraverser la rivière pour rejoindre la ville... Cette fois, je m'y mets aussi (si ça marche !), et nous voilà, deux petites françaises en train de chanter des chansons paillardes sur une rivière gelée de Mongolie. Plus tu chantes fort, moins tu entends la glace craquer, c'est un fait !
Une fois en ville, nous cherchons un endroit au chaud pour tuer le temps en attendant l'heure de prendre notre train. Nous tentons le "Modern nomads", restaurant chic et ambiance chants de Noël. En une patrie d'échecs, nous en sommes à la cinquième écoute de "Happy New Year" de ABBA (on aimerait parfois que certaines chansons soient moins "internationales"). ENFIN, l'heure de rejoindre la gare arrive ! Après quelques minutes d'attente dans le hall plein à craquer, le train entre en gare et la foule se précipite sur le quai. Nous ne sommes plus en cabine individuelle mais dans un wagon non compartimenté. Rien de désagréable en soit si ce n'est les regards insistants et interrogateurs de nos compagnons de voyage. Cela dit, nous sommes bien les premières à rire de notre dégaine d'arriviste, avec nos gros sacs à dos, le bonnet descendant jusqu'aux yeux, l'écharpe montant jusqu'au nez, les jambes compressées dans nos grosses bottes mongoles et la souplesse de mouvement très restreinte à laquelle nos 15 couches de vêtements nous limitent...
Dans 2 heures, nous arriverons Dakhan, deuxième plus grande ville de Mongolie...